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Les ombres blanches, couverture

20 x 20,5 cm
84 pages en noir & blanc
couverture souple à rabats
ISBN : 2-84841-000-0
Paru en octobre 2002, disponible
12€

Les ombres blanches

par Hervé Carrier

Voici le livre des premières fois : premier album d'Hervé Carrier, mais également premier album publié par les éditions Thot l'ibis…

Les ombres blanches évoque le monde imaginaire d’Arthur Grisham, adolescent rêveur, doué d’une mémoire colossale. Son cerveau est comme la chambre noire d’un appareil photo pleine de souvenirs. Il apprend des livres par cœur sous le joug d’un imprésario tyrannique. Il ne quitte jamais son grenier, sauf un soir, lorsqu’il présente son numéro d’homme-mémoire dans un cabaret. De nombreux auditeurs viennent consulter cette bibliothèque vivante. Hanté par une faune imaginaire, Arthur leur récite des fables avec une aisance déconcertante, mais rêve et réalité se confondent. Il finit ainsi par s’identifier au célèbre enfant prisonnier Kaspar Hauser. Une forme d’aliénation mentale déforme peu à peu sa vision jusqu’à l’empêcher de sortir. La lecture reste alors sa seule évasion. Apparaît Lucie, une jeune aveugle éprise d’histoires. Elle aussi explore les rêves et le passé. Sa vitalité insuffle au jeune Arthur un peu d’humanité. C’est la seule à ne pas le considérer comme un monstre amusant. Nous apprenons enfin qu’Arthur fait partie d’une longue lignée d’hommes-mémoire apparue lorsque les livres étaient détruits sous les régimes de dictature. Ils disparaissent aujourd’hui, et Arthur Grisham devient un objet d’étude pour scientifiques. Mais se substituer à la mémoire du monde peut être un rêve dangereux qui mènera l’homme-mémoire en prison — une prison bien réelle cette fois-ci.

Les ombres blanches se veut un hommage au monde des livres et une exploration onirique de la mémoire. C’est une mosaïque d’histoires qui s’imbriquent à la manière des pièces d’un puzzle (comme certains romans du siècle des lumières, ceux de Diderot, Sterne…), une mosaïque pleine de chausses trappes, de glissements de sens, peuplée de mirages qui se dérobent sans cesse, une mosaïque où l’homme-mémoire, présenté comme un illusionniste du langage, tente par tous les moyens de substituer sa vie misérable à son art de conteur… avant d’échouer tragiquement. Fiction et réalité s'imbriquent en édifiant un système de résonnances propre à la mémoire. Cette narration labyrinthique et combinatoire, appréhendée avec un détachement amusé, reste avant tout un moyen d’investigation du monde intérieur de cet étrange artiste (la mémoire d’Arthur Grisham n’est pas dépourvue d’imagination) et de ses arcanes muséographiques pleines d’imprévus. Arthur Grisham, homme-cerveau, immobile la plupart du temps, possède en lui des images qui définissent sa personnalité. Les ombres blanches s’avère ainsi à terme une quête de l’imaginaire et une approche des mécanismes de la pensée.

Les ombres blanches, illustration